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Antu : « Mieux vaut faire de l’art que du vandalisme »

13 Déc , 2018  

Le graffeur Antoine Thomas a travaillé avec les élèves de sixième du collège Curie pour réaliser une fresque sur les valeurs de la République. Sous son nom de scène,  Antu répond à une interview où il dévoile les coulisses de son métier.

 

 

Depuis quand faites-vous du graff ? J’ai commencé à faire des graffitis à l’âge de 15 ans et j’ai fait ça avec mes amis jusque vers 18 ans. Ce que j’ai fait en premier, c’est mon blaze. Tous les jeunes commencent comme ça, sur des murs, ou dans le métro pour ceux qui habitent à Paris. Après, j’ai eu des ennuis, je me suis fait serrer par la police et j’ai eu une grosse amende… ça m’a fait comprendre qu’il valait mieux éviter de faire du vandalisme, et faire de l’art d’une autre façon ! Il vaut mieux être sur terrain où on a l’autorisation d’aller, y passer plusieurs journées à s’appliquer pour faire un dessin ou un lettrage compliqué, jusqu’à ce qu’on soit content de ce qu’on a fait, plutôt que tagguer son nom vite fait et partir en courant.

Comment avez-vous appris ? J’ai appris sur le tas, en faisant… ce n’est pas forcément dans une école qu’on apprend ça. Pas besoin de payer une grande école et d’étudier pendant des années, mais par contre c’est très dur de percer, il faut s’accrocher, ne rien lâcher. Je me suis beaucoup entraîné, j’ai fait des heures et des heures de graff par jour pendant tout mon temps libre… j’ai raté plein de graffs, on a toujours peur de rater au début mais il faut en rater plein pour commencer à les réussir ! En fait on apprend tout le temps, encore maintenant j’apprends à toujours mieux faire. Tu rencontres des gens qui sont meilleurs que toi et qui t’aident à progresser. En festival par exemple on rencontre de grands artistes qui viennent de loin et sont très connus. J’ai rencontré Speedy Graffito en festival au festival Graffitizm au Graff Park de Mantes-la-Jolie, il est vraiment très sympa. Je m’inspire de ces échanges, de ce que je vois autour de moi, de mes copains, de mon parcours personnel…

« Pour le travail, je vais partout en France, surtout en région parisienne »

Parlez-vous de votre style et ce que vous aimez faire. Je fais mes lettrages en imaginant des styles, des effets… on ne copie pas un modèle, on invente ce qu’on veut créer. Je n’ai pas de préférence entre faire des lettrages ou des dessins, c’est très différent mais j’aime faire les deux. Après mes premières années de taggeur j’ai arrêté le street art pendant plusieurs années et je faisais du dessin, ça n’avait rien à voir. Et puis des années après j’ai eu envie d’y revenir. Ca fait six ans maintenant que j’ai créé ma société. Au début il faut avoir un autre travail pour gagner assez d’argent pour vivre, surtout si on a une famille. Je commence seulement à pouvoir en vivre. Il ne faut pas lâcher l’affaire si on veut s’en sortir…

Où avez-vous travaillé ? J’ai fait des graffs dans plusieurs pays, Italie, Belgique, Espagne, Tchécoslovaquie… Quand je voyageais avec des amis on laissait des traces derrière nous. Je suis souvent allé au Maroc mais je n’ai pas fait de fresque là-bas. Pour le travail je vais partout en France… Souvent en région parisienne parce que je vis dans les Yvelines, donc les frais de déplacement sont réduits. Mais je suis déjà allé faire une fresque dans le Sud ou ailleurs en France. En général je travaille seul, sauf quand je travaille pour l’association Mix’Art, là ça arrive qu’on fasse une très grande fresque à deux. C’est différent. Parfois des crews de 8 font tout un mural ensemble.

Travaillez-vous souvent avec des jeunes ? Je travaille souvent avec des lycées ou des centres pour les jeunes. Des ados comme vous, un peu plus grands en général. J’aime bien ce qu’on a fait ensemble, vos idées pour la fresque. Parmi les valeurs que vous avez choisi d’écrire sur votre fresque, je les apprécie toutes mais je crois que je préfère la mixité. Pas seulement la mixité filles-garçons, mais aussi la mixité entre origines, couleurs de peaux, toutes les différences de la vie.

Qu’en pense votre famille ? Mon entourage est fier de ce que je fais, et puis ils savent que c’est ma passion. Je n’ai jamais eu envie d’arrêter ou de faire autre chose. Mon fils a 18 mois, il ne m’aide pas encore dans mon travail mais il aime me regarder faire et jouer avec les bombes de peinture ! Peut-être que je lui transmettrai ma passion plus tard.

 

Les collégiens de Curie, Dreux

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