Cri d'alarme, La vie des gens

« Elle avait notre âge quand elle a été déportée »

17 Fév , 2018  

Esther Senot a 90 ans, cette femme est une rescapée de la Shoah. Elle est venue au collège Curie, mardi 13 février 2018,  pour raconter son histoire aux élèves de trois classes de troisième. A l’issue de la rencontre, quelques élèves l’ont interviewée pour aller un peu plus loin dans ce témoignage inoubliable.

 

Dans la grande salle du CDI du collège Curie, on n’entend pas un bruit. Esther Senot raconte son histoire, celle d’une adolescente de 15 ans déportée. Trois classes de troisième sont présentes mais le silence est total. Après ce récit poignant, direct, sans fard, nous sommes trois élèves à pouvoir l’interviewer. L’émotion est si forte que les mots ont du mal à venir. Il faut quelques minutes avant qu’on reprenne nos esprits.

Nous avons 15 ans, elle avait 15 ans…

D’abord, elle nous parle de l’arrestation de sa famille par la police française. Un sentiment de trahison. Ça lui semblait inévitable que les nazis, qui étaient les ennemis, cherchent à les faire mourir, mais que la police de son pays, en qui elle avait toujours eu confiance, les capturent et maltraitent même des enfants, ça lui semblait intolérable. Même maintenant elle ne peut pas s’empêcher de se demander si la police pourraient recommencer si un gouvernement le leur demandait. « A cause de ça, il faut aller voter et protéger notre démocratie. »

Quand elle évoque ses souvenirs des camps : « tous sont les pires ». Le plus marquant a été d’entrer dans le camp d’extermination et de se rendre compte qu’elle arrivait en enfer. Un autre souvenir très dur pour elle a été le moment où elle était avec des camarades le long d’un grillage, elles voyaient des femmes avec leurs bébés dans leur bras qui faisaient la queue toutes nues pour aller dans une chambre à gaz en croyant qu’elles allaient à la douche. Ces femmes et ces bébés allaient mourir, elles étaient sous leurs yeux et elles ne pouvaient rien faire pour les aider.

Impossible d’oublier cette phrase d’Esther Senot : « quand je suis entrée au camp, avec leur sadisme, ils nous ont dit vous entrez par la porte mais vous sortirez par la cheminée ». Ils disaient cela en désignant les fours crématoires où les corps des personnes incapables de travailler étaient brûlés.

« J’avais 15 ans, on ne peut pas mourir à 15 ans, j’étais déterminée à survivre »

Quand nous lui avons demandé comment elle avait fait pour survivre deux ans dans le camp, pour faire partie des deux dernières survivantes du groupe de 106 femmes qui étaient arrivées au camp ensemble, elle nous a dit : »j’avais 15 ans ; on ne peut pas mourir à 15 ans, j’étais déterminée à survivre ».

Elle nous a fait remarquer qu’elle avait notre âge quand tout ça lui est arrivé. Elle pense aussi qu’être une enfant d’immigrés pauvres qui devaient se débrouiller dans la vie l’a aidé à supporter les choses et à s’endurcir rapidement.

Nous lui avons demandé combien de temps cela lui avait pris d’apprendre à prononcer en Allemand et en Polonais le numéro d’dentification qu’on lui avait tatoué sur le bras. Elle dit qu’elle n’a pas eu beaucoup de difficulté à prononcer son numéro en Allemand grâce à ses parents qui parlaient un dialecte Allemand qu’elle comprenait. Elle a vite appris à le prononcer en Polonais car comme elle l’a dit : « on apprend vite dans ces conditions, quand on voit des gens se faire frapper avec une matraque s’il ne répondait pas en disant son numéro quand un garde le lui demandait eh bien on avait peur que cela nous arrive ».

« J’ai eu l’impression d’être une oubliée, quand nous sommes revenues, nous n’avons pas été accueillies comme nous le pensions »

Et son ami Marie, qui est arrivée en même temps qu’elle et qui avait 10 ans de plus qu’elle, l’a aidée à apprendre à répondre en Allemand et Polonais quand on leur demandait.

Et puis, il y a le retour des camps. Une autre épreuve dont on comprend la réalité en écoutant le récit de ce retour parmi les vivants :  » J’ai eu l’impression d’être une oubliée, quand nous sommes revenues nous n’avons pas étaient accueillies comme nous le pensions ». « Tout le monde nous demandait ce qui c’était passé et comment nous avions survécu. Mais quand nous commencions à raconter personne ne nous croyait, les gens nous disaient que ce n’était pas possible, que nous avions inventé tout ça, que personne ne pourrait faire ça à des êtres humains ». « Après être rentrée je ne savais plus vivre normalement. C’était tellement dur que personne ne comprenne ce que nous avions vécu que j’ai fait une tentative de suicide qui m’a conduite dans un hôpital psychiatrique mais je me suis reprise en pensant à toute ces victimes qui aurait voulu en sortir vivantes. J’avais eu la chance de vivre, je ne pouvais pas abandonner maintenant. »

Avoir fondé une famille, avoir des enfants, six petits-enfants et six arrière-petits-enfants, ce fut pour elle une revanche contre Hitler et une revanche sur la vie. Les nazis voulaient exterminer tous les Juifs mais elle a survécu et elle a eu une descendance donc Hitler a perdu…

Halima, Réka et Inès du club presse du collège Curie

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