Les mots pour le dire

Burkini ou le jeu de cache-cache avec la République

27 Août , 2016  

Cachez ce voile que je ne saurais voir, cachez cette burqa qui m’agresse, cachez ce burkini qui me choque, cachez vos casquettes de jeunes musulmans, cachez vos minarets qui heurtent mon identité nationale, pour que jamais Colombey-les-Deux-Eglises ne devienne Colombey-les- Deux-Mosquées.

Je me suis posée la question après la polémique de l’été sur le burkini. On nous intime l’ordre d’être discret, de plus en plus discret, transparent même, au titre de la laïcité, de cette fameuse loi de 1905 que l’on détourne volontiers de son sens premier. Et l’Etat qui se devait d’être neutre, arbitre, perd son sang froid avec son Premier ministre. C’est cet Etat qui était garant de la liberté du citoyen de croire ou de ne pas croire.

Sur les plages de Normandie, pas de débat sur le burkini...

Sur les plages de Normandie, pas de débat sur le burkini…

Pourquoi ce qui était toléré hier, pour nos mères et nos grands-mères, ne l’est plus pour nous? J’ai toujours vu ma mère avec un voile, les boucheries halal coexistaient sans problème avec les autres, nos pères, ces immigrés de la première génération, étaient vus comme des bons musulmans. Pourquoi leurs enfants, petits enfants, sont vus comme une cinquième colonne, ennemis de l’intérieur? Des enfants et petits-enfants qui ne seraient pas intégrés. Et c’est là que le voile blesse !

Un débat sur l’emploi plutôt que sur le burkini

C’est peut-être bien parce que ces deuxième, troisième, générations, sont justement trop bien intégrées. Pour nos parents des anciennes colonies, c’était métro boulot dodo. Ils nous disaient « soit discret, ne parle pas, dis bonjour et surtout ne fais pas de politique ! »

L'ambiance de Vernouillet plage n'a pas été pollué par un débat qui a excédé une partie des Drouais.

L’ambiance de Vernouillet plage n’a pas été polluée par un débat qui a excédé une partie des Drouais.

Et voilà que ces ingrats qui ont fait des études, se sont embeurgeoisés, ils veulent devenir acteurs de la société et osent mordre la main qui les a nourri au lait de la laïcité.

Mais dans la vraie vie, où sont passées la liberté, l’égalité et la fraternité ? Si ce n’est sur le fronton des mairies… Mohamed, Mamadou, Fatima et Khadija osent être des acteurs de leur destin plutôt que des sujets et on les réduit à des morceaux de tissus qui hystérisent les gens.

Si j’étais optimiste, je dirais que ce n’est qu’un cycle qui va passer. Mais à l’aube d’une campagne électorale, je ne suis pas très optimiste. Pourtant, je garde la force de réclamer un débat sur l’emploi des jeunes, la représentativité des classes populaires à l’Assemblée nationale et pas sur le burkini.

Par Karima, une Drouaise des Bâtes

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