Cri d'alarme

Dix ans après, un regard des Bâtes sur les banlieues

10 Nov , 2015  

Quel lien pouvait-on faire entre la mort tragique de Zied et Bouna ? Bien sûr, les circonstances ne sont pas les mêmes. Mais, il y a ce sentiment d’injustice, la douleur innommable des familles et des proches de ces deux enfants, comme celle des familles et des proches de Malik et Ilyès. Il y a aussi la nécessité de faire un bilan.

Regard en demi teinte sur le quartier des Bâtes

Regard en demi teinte sur le quartier des Bâtes

C’est vrai, les choses ont changé depuis les événements de 2005. Oui, le fossé s’est considérablement creusé pour les habitants des quartiers, de ces zones appelées tantôt urbaines, sensibles, prioritaires… au gré des fantaisies de ceux qui décident.

 Au fil des périodes électorales, les langues se sont déliées et le « racisme de prostitution » a émergé, histoire de se vendre aux plus offrants.

En 2005, Nicolas Sarkozy était Président de la République. Il présentait Zied et Bounia comme des « délinquants tentant de fuir un contrôle de police. »

Dix ans plus tard, les policiers ont été acquittés. J’entends Christian Estrosi parler de la « responsabilité des parents qui ont mal éduqué leurs enfants ». Il évoque même « des excès de vitesse » alors que les deux jeunes étaient à pied.  Lui, qui est candidat et qui prétend représenter une partie des Français. Mais quels Français ?

Le mot « cassure » me vient en tête

Et voilà que le fossé se creuse un peu plus. On parle de 2005, j’ai envie de parler de fractures et c’est le mot « cassure » qui me vient en tête.

Et dans le quartier des Bâtes, quels changements ? Pour cette veuve de 65 ans qui attend toujours que des travaux soient faits dans son appartement rongé par l’humidité? Pour ce vieux monsieur dont la voix tremble quand il parle de la démolition du quartier et s’inquiète de savoir si lui et sa femme pourront garder leurs meubles s’ils sont relogés? Pour ces jeunes, au pied des immeubles?

Certains n’ont qu’une hâte : terminer leurs études pour partir vers d’autres horizons. Trop peu nombreux à vouloir investir dans leur ville. Ils ont vu les usines, les commerces fermer. Alors ils n’osent plus se lancer.

Ville dortoir, ville mouroir

Je suis fatiguée par toute cette amnésie ambiante et générale, je suis fatiguée de ne plus trouver de lueur d’espoir dans les yeux de toutes les générations, je suis fatiguée par tous ces appels à la haine raciale lancés par certains responsables politiques ou intellectuels, sans foi ni loi, des appels gobés par des gens encore plus fatigués que moi

Avant 2005, il y a eu les années 90, les Bergeronnettes existaient encore. On parlait déjà de l’avenir des quartiers, de réhabilitation. A l’époque, on avait peur que Dreux devienne une ville dortoir. Aujourd’hui, on a peur qu’elle devienne une ville mouroir.

Tania (aux Bâtes)

 

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9 Responses

  1. fatiha dit :

    merci Tania pour ses commentaires poignants ,tu vis dans le quartier, donc tu es amenée à voir et vivre des choses que nul ne peux savoir mieux que ceux qui vivent au coeur des cités.Il y a tellement de choses à faire je demande qu’à intervenir, que l’on nous donne les moyens ,on peut tjr ramener le dialogue mais nous avons surtout besoin de moyens.J’aime cette ville et je trouve déplorable qu’elle devienne une ville morte, avec certains de ses habitants qui errent comme des zombies dans les rues.

    • tania dit :

      merci beaucoup Fatiha oui effectivement c est assez difficile de constater toutes ces dégradations qu elles soient au niveau des construction en dure ou pire au niveau des êtres humains eux même …il faut réussir a motiver les gens ce n est pas gagné d avance loin s en faut …oui nous avons besoin de moyen mais qui va nous les apporter ? et surtout a quel prix ? …j espère que nous pourrons en discuter très bientôt ..bon courage a toi et merci pour ton investissement

  2. Mimoun dit :

    Bonjour,
    « Sauver l’école primaire est le principal moteur de la croissance »
    Dans un rapport de Mr Jacques Attali remis en octobre 2010, l’économiste plaide pour une réforme urgente et profonde de l’enseignement. Entretien publié dans le Monde de l’éducation du 10 novembre 2010.
    http://www.ignace-education.fr/SITES/ignace-education.fr/IMG/pdf/attali.pdf

    • tania dit :

      entièrement d’ accord n ayant pas eu moi même la chance d’avoir un cursus scolaire …je ne peux que constater que cela m a fait défaut a bien des niveaux
      merci de le rappeler Mimoun

  3. AEL dit :

    Hélas ma chére Tania, une fois qu’on a dis ça on fait quoi ? ?? Quelle réponse à ces questions que nos Hommes politiques de gauche et de droite nous rabachent depuis des années sans même un semblant de début de lueur de solution !!
    Dreux, comme d’autres avant elles, vit des moments difficiles, 1 jeune sur 2 au sans emploi dans les quartiers! Un centre ville qui est comparable à une peau de chagrin! Une jeunesse en détresse sociale et culturelle……
    C’est aux drouais et drouaises de faire que ça change, nous devons être acteur du changement et prendre les devants, si nous le faisons, d’autres nous suivront !!!
    A bon entendeur…….

    • tania dit :

      c est bien mon but avec ces lignes ..ceci dis il ne faut pas se voiler la face des que quelque chose fonctionne plus ou moins bizarrement il se retrouve pratiquement éjecté du paysage Drouais …nombre d exemple d associations et autres…encore dernièrement le Secours populaire …entre autre ..alors oui on fait quoi ?? mais surtout comment ?? en étant sure que l on viendra pas nous mettre des bâtons dans les roues… effectivement peu de personnes ont envie de s investir …je les comprend …des idées peut étre .??

  4. Avi Scene dit :

    Moi, l’exilé de Dreux

    Il y a près de dix ans que je n’ai pas remis les pieds à Dreux. Ayant fui la routine ambiante installée par une situation économique et sociale catastrophique, j’avais laissé la ville à l’époque des émeutes de 2005, lorsque Dreux avait échappé au cataclysme des violences urbaines. On avait à l’époque loué le professionnalisme des forces de l’ordres et l’implication des partenaires institutionnels et associatifs pour « atténuer » la fougue et l’irresponsabilités de « la racaille ». Malheureusement, on a su quelques temps après que cette clémence drouaise était le fruit d’une autorégulation des caïds locaux, beaucoup plus soucieux de protéger leur économie souterraine que d’éviter l’incendie d’une école ou d’un établissement municipal. Alors la question qui me vint à l’esprit fut la suivante: les quartiers de Dreux doivent-ils leur sérénité à ceux qui sont capables de la mettre en péril? Paradoxal et pourtant concrète, cette problématique nous renvoie à une réflexion beaucoup plus profonde sur le sort des quartiers. Enclavés comme des villages indépendants les uns des autres avec leurs places principales, les quartiers vivent d’une pension alimentaire que la ville veut bien leur octroyée. Dix ans après, moi l’exilé, je vois que les habitations ont changé mais l’atmosphère est toujours aussi lourde. Les quartiers sont toujours des bastions dans lesquels les dealers prospèrent sans se cacher ou presque. Le renouvellement urbain aurait dû privilégier la mixité sociale: les communautés se sont regroupées de façon identitaires et les établissements de la République comme les écoles ou les structures municipales sont devenues secondaires par rapport aux lieux de cultes. Les Drouais sont-ils condamnés à voir leur ville couler dans l’inertie et l’indifférence? Il est temps que la paupérisation des quartiers cessent pour que les énergies et les qualités de la jeunesse drouaise, espoir ô combien précieux et légitime, soient valorisées et récompensées. Il est facile pour un exilé de dresser un tableau aussi sombre de la ville et repartir aussitôt: rassurez-vous, lorsqu’on est Drouais, on l’est n’importe où sur Terre. A bon entendeur, salut! Avis Scene, en direct de Montréal

  5. Pierre dit :

    J’ai pu fuir cette ville et la vie misérable qu’elle m’offrait.
    Loin, très loin… Installé en Alsace depuis peu, je revis…
    Jamais, jamais, jamais je ne remettrai les pieds dans la misère sociale, humaine, professionnelle, de cette ville dont la seule évocation du nom me donne envie de vomir.

    • Valérie Beaudoin dit :

      On vous souhaite une belle continuation en Alsace. Certes, le quartier des Bâtes n’est pas un paradis mais il y a aussi des gens bien qui y vivent et des belles choses qui s’y passent ne serait-ce que ce blog ouvert aux collégiens et aux gens du quartier qui écrivent, dialoguent, dans un esprit fraternel et constructif…

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